J'ai lu·La vida de Lindanita

« Le dernier des nôtres » d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre ou la position de la femme dans la société

44753284_502859480216093_6127951478204753708_n(1)

Hey, coucou tout le monde! Une fois n’est pas coutume, je reviens aujourd’hui sur le blog pour vous parler d’un livre qui m’a marqué, touché, transporté et fait énormément réfléchir (oui oui, rien que ça!). Ce livre, c’est « le dernier des nôtres » d’Adelaïde de Clermont-Tonnerre.

Ce livre, je l’avais dans ma pal depuis longtemps vu que je l’avais acheté en 2017. Il m’avait tenté avec sa quatrième de couverture qui parlait de Dresden et de New York, deux villes que j’affectionne énormément, l’une pour avoir vécu là-bas un peu plus de trois ans et l’autre pour l’avoir visitée en 2011 avec ma meilleure amie. Mais cette quatrième de couverture, elle dit quoi au juste?

« Manhattan, 1969 : un homme rencontre une femme.
Dresde, 1945 : sous un déluge de bombes, une mère agonise en accouchant d’un petit garçon.
Avec puissance et émotion, l’auteure nous fait traverser ces continents et ces époques que tout oppose : des montagnes autrichiennes au désert de Los Alamos, des plaines glacées de Pologne aux fêtes new-yorkaises, de la tragédie d’un monde finissant à l’énergie d’un monde naissant… Deux frères ennemis, deux femmes liées par une amitié indéfectible, deux jeunes gens emportés par un amour impossible sont les héros de cette fresque flamboyante »

Le livre présente deux narrations : une descriptive durant laquelle nous suivons la vie d’après-guerre de Luisa, Marthe, bébé Zilch et Johann entre autres et une autre à la première personne où bébé Zilch est devenu un adulte aux commandes de sa vie. Enfin aux commandes de sa vie jusqu’à ce que Rebecca, une jeune héritière, croise sa route. Les deux récits s’entremêlent parfaitement et c’est très agréable de passer d’une période à l’autre pour instaurer un dynamisme dans la lecture. Certes, les passages sur de la vie de Werner Zilch à New York sont plus importants que la période d’après-guerre, ce qui est parfois dommage car on voudrait suivre encore plus la vie de Marthe, femme forte qui a enduré tellement de choses. On peut aussi penser que Werner est un « gros macho de base » (ouais, je parle comme une djeunz’ t’as vu?) quand on comprend au fil des pages sa vision très basique des femmes : tu es là pour me donner du plaisir charnel, être belle et te taire puisque que je t’achète des bijoux, je te sors au restaurant et j’en passe. Il y a des gifles qui se perdent, croyez-moi! Mais, car il y a (toujours) un mais, cette facette de sa personnalité commence à se craqueler et s’effriter pour nous présenter un homme plus sensible et torturé quand sa chère et tendre Rebecca revient à lui après avoir disparu bien trop longtemps (oh ça va, ce n’est pas vraiment un spoil si je vous dis ça quand même?). Je ne me suis pas ennuyée durant ma lecture car la plume d’Adelaïde de Clermont-Tonnerre est fluide, elle présente des détails quand ceux-ci sont nécessaires et elle évite des périphrases trop longues pour aller droit au but tout en évitant les répétitions.

Je vous disais plus haut que l’histoire m’avait fait réfléchir. Je discutais hier avec une amie qui travaille dans une bibliothèque de ma ville et je lui ai fait part de ma dernière lecture. De fil en aiguille, je me suis rendue compte qu’Adelaïde de Clermont-Tonnerre a insufflé quelques éléments féministes en instaurant un récit à double narration. On peut constamment comparer le statut de la femme dans la société en suivant les vies de Marthe et de Rebecca pour ne nommer que ces deux personnages féminins. Je vais partager quelques éléments clés de l’histoire à partir de maintenant donc si vous ne voulez pas être spoilé(e)s, je vous invite à passer au prochain paragraphe. Par exemple, Marthe est enfermée dans un mariage nocif dans lequel son mari se transforme régulièrement en bourreau en abusant d’elle physiquement et moralement. Par contre, Rebecca est ce que l’on peut appeler un électron libre. Elle profite de la vie, elle sait ce qu’elle veut, elle le prend, elle le jette et ne se gène pas pour donner son avis. Sexuellement parlant, elle est épanouie et cela se ressent dans la description que nous donne Adélaïde de Clermont-Tonnerre à travers la voix de Werner. Un autre point est évoqué dans le livre : la maternité. Werner souhaite avoir un enfant avec Rebecca et celle-ci refuse car elle n’en a pas envie, ce n’est pas en faisant un enfant que les problèmes de son conjoint seront résolus. Au début, celui-ci est vexé mais il finit par comprendre le point de vue de la femme de sa vie. Quand on retourne en 1948 (mais dans le New Jersey), on suit sur quelques pages les parents adoptifs de Werner. Ce que l’on peut lire est horrifiant. A l’époque (et encore aujourd’hui pour certains), avoir un enfant était l’accomplissement ultime dans la vie d’une femme (après le mariage bien sûûûr, il ne faudrait pas mettre la charrue avant les boeufs n’est-ce pas?). Les mots de Clermont-Tonnerre sont durs et tranchants : « Il n’y aurait plus les moqueries. Il n’y aurait plus les murmures, ce mot qu’ils redoutaient, ce mot qui longeait les murs, qui les suivait, qui se propageait sur les lèvres de leurs connaissances, ce mot qui empoisonnait leur existence : « Stériles. Les Goodman sont stériles vous savez… Bien sûr que c’est elle, forcément! Il n’aurait pas dû épouser une Française. Personne ne la connaissait. Dieu sait comment elle vivait avant la guerre… Un avortement? Qui te l’a dit? Personne? Ah! C’est une supposition? Mais tu as certainement raison. Elle est catholique pourtant… Et pourquoi serait-on catholique si on n’a pas quelque chose de grave à se faire pardonner? Et ce pauvre homme qui ne se doute de rien… J’ai tout de suite pensé que cette fille n’était pas nette ». Rien qu’en relisant ces mots et en les écrivant ici, je suis révoltée. Quelle horreur! Comment les gens pouvaient (et peuvent) se permettre de porter de tels jugements sur une femme sans la connaître personnellement? Finalement de Clermont-Tonnerre évoque l’homosexualité féminine. Durant les quatre-cents premières pages, elle est présente en sous-jacent, de manière furtive. Et puis, les mots sont posés  : « Abigail passa la main sur le front de Marthe. J’étais frappé par l’harmonie qui régnait entre ces deux femmes, par l’évidente tendresse qu’elles éprouvaient l’une pour l’autre », « Nous avons fini par nous entendre, et à force de nous entendre, nous nous sommes aimées. Nous avons dû être prudentes, habiles. J’ai réussi à la faire sortir, mais lorsque l’équipe, je ne sais comment, a compris quelques mois plus tard que nous vivions ensemble, j’ai été licenciée. Certains anciens collègues ont tenté de faire interner Marthe à nouveau sous prétexte que j’avais été séduite et que j’avais perdu mon objectivité professionnelle. Nous avons quitté El Paso du jour au lendemain pour venir ici, en Louisiane, nous mettre à l’abris d’éventuelles poursuites au Texas ». C’est beau, c’est doux et c’est permis malgré les embûches mis sur le chemin de ces deux femmes. L’auteure présente ici seulement des constatations et en aucun cas un jugement de l’amour au féminin.

Pour terminer cet article (c’est bon, les spoils sont finis, vous pouvez reprendre votre lecture), je me suis rapidement rendue compte en lisant ce livre qu’il y avait une lecture à deux niveaux : mais quel est le grand secret de Werner Zilch? Et en sous-marin, la position de la femme dans la société et l’évolution de cette position au fil des années. Bravo madame Adelaïde de Clermont-Tonnerre pour cet ouvrage, il est à remettre dans les mains de toutes les femmes possibles.

L’avez-vous lu vous aussi? Si oui, aviez-vous remarqué tous ces messages de l’auteure? Je vous souhaite une belle journée et aussi, de belles lectures.