Baby Alexander·Baby Valentina·La vida de Lindanita

l’allaiter contre vents et marées

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Cela fait un moment déjà que je voulais vous faire un article sur l’allaitement de Valentina, vu que j’en avais déjà fait un pour celui d’Alexander ici. Pourquoi? Parce qu’ils ont été bien différents, du début à la fin. Pour Alexander, l’arrêt a été volontaire, pour Valentina, j’ai été obligée d’arrêter (à cause de mon traitement pour la sclérose en plaques qui n’est pas compatible avec l’allaitement).

Dès que la sage-femme a mis Valentina sur moi le jour de l’accouchement, j’ai su quoi faire. Je lui ai d’abord présenté mon petit doigt pour voir si elle avait déjà le réflexe de succion des tous petits bébés. Il ne lui a pas fallu deux minutes pour commencer à tétouiller, alors je lui ai présenté mon sein qu’elle a accepté sans rechigner. La sage-femme était surprise de notre réactivité à toutes les deux. Que voulez-vous, la mère louve que je suis était de retour, c’était mon deuxième enfant, et ayant allaité le premier un an et trois mois, je savais comment m’y prendre.

Les six premiers mois ont été un long fleuve tranquille. Elle a faim? Hop, une tétée. Elle chouine parce qu’elle a mal au ventre ou aux dents? Hop, une tétée câlin. Elle est grognon parce qu’elle s’endort? Une tétée, encore. Elle n’a jamais pris la totote, c’était moi sa totote, enfin mes seins! J’ai eu de belles montées de lait mais elles ne me faisaient pas mal, comme si mon corps, mes seins s’étaient habitués à tout ça avec mon premier allaitement. Même avec des coussinets d’allaitement, il m’est arrivé de tremper mon lit parce que je n’avais rien senti. Oups!

Nous avions notre petit rituel le soir. J’allais m’allonger à côté d’elle pour la dernière tétée de la journée, elle s’endormait au sein et je la mettais ensuite dans son lit. Le jour de la fête des mères en Allemagne (ce n’est pas le même jour qu’en France, d’où ma précision), nous avons commencé à lui donner du solide, une petite bouillie dont raffolait Alexander étant petit. Ca a été un peu la croix et la bannière pour qu’elle mange quelque chose sans tout me recracher à figure mais elle s’y est faite, à son rythme. Il y avait toujours la tétée du matin, la plus longue, celle en début d’après-midi avant la sieste et la tétée du soir pour pouvoir passer une nuit complète.

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J’ai eu une fois un engorgement, mais cela ne m’a pas fait plus peur que ça. J’ai réveillé Valentina de sa sieste et je l’ai mis au sein dans une position dont elle n’avait pas l’habitude, le temps que la douleur passe et que le sein désenfle. Tout était fait pour que je puisse l’allaiter longtemps et sereinement. Mais j’ai dû rentrer à l’hôpital à cause de ma perte de vision à l’oeil gauche (symptôme de la sclérose en plaques). Quand on m’a dit que je devais rester trois jours minimum, mon monde s’est effondré. Mais notre allaitement à ma fille et moi? Qu’est-ce qu’il allait devenir? J’espérais au moins avoir un tire-lait électrique à disposition pour pouvoir éviter un engorgement, quitte à jeter mon lait après et reprendre l’allaitement lors de mon retour à la maison. Je ne voulais pas perdre ce lien avec ma fille, ce lien dont nous avions encore tellement besoin, elle autant que moi. Le médecin qui nous a reçu à l’hôpital a été très compréhensif et nous a surpris. Il nous a proposé de de nous mettre Valentina et moi dans en chambre simple, avec un lit pour elle afin que nous puissions continuer notre allaitement, en respectant la contrainte d’attendre six heures après ma perfusion de cortisone (le traitement pour lequel je suis rentrée à l’hôpital) avant de pouvoir allaiter de nouveau. Quand j’ai entendu ça, je me suis sentie revivre! J’ai été impressionnée par l’humanité de ce docteur, chose qui ne s’est pas reproduite après, comme vous allez pouvoir le lire.

Pendant ces trois jours à l’hôpital, j’ai découvert un autre bébé, une autre petite fille. Elle était toujours contente de ces moments si tendres, si doux qu’étaient les tétées qu’elle connaissait si bien, mais ce regard qu’elle posait sur moi semblait dire « maman j’ai compris, tu as besoin de ça autant que moi, profitons de ces moments pendant que nous les avons ». Elle a aussi beaucoup grandi pendant ce séjour à l’hôpital. Elle qui ne voyait que par moi, elle s’est ouverte aux autres sans retenu en leur faisant de grands sourires et en les pointant du doigt. J’étais tellement fière d’elle et l’avoir avec moi était le meilleur remède que l’on pouvait m’avoir donné.

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Nous sommes sorties de l’hôpital, les médecins avaient juste des suspicions de sclérose en plaques, donc j’avais leur feu vert, je pouvais continuer d’allaiter! Mais la poisse s’était immiscée parce que tout ce stress, cette fatigue engendrés par l’environnement hospitalier pendant trois jours s’est transformé en un muguet. Non non, pas la fleur pour celles et ceux qui ne savent pas ce que c’est. Le muguet pendant l’allaitement, c’est une infection fongique de la bouche du bébé qui peut s’étendre à vos seins, entraînant des mamelons sensibles et qui démangent. On parle également d’infection à la levure. Parmi les autres signes caractéristiques du muguet, on peut noter (chez la mère) : des mamelons crevassés, de profonds élancements douloureux dans les seins pendant ou après les tétées, des mamelons rouges qui démangent ou brûlent ou bien encore les mamelons qui pèlent (chez le bébé) : des tâches blanches dans la bouche difficile à éliminer et un érythème fessier. Si vous avez ces symptômes, consultez tout de suite pour ne pas souffrir comme moi! Pensant que c’était un problème d’hydratation des mamelons (mes miens pelaient… Coucou, je vends du rêve je sais!), j’appliquais du lanolin après chaque tétée. Grosse erreur, terrible erreur! Je n’ai fait qu’aggraver la situation, le muguet étant à son aise dans un un environnement humide.

Un jour, je suis allée voir mon gynécologue en urgence car je ne supportais plus ces élancements dans les seins que j’avais constamment. Il m’a regardé rapidement, m’a prescrit une crème que je devais appliquer après chaque tétée sans oublier de nettoyer mes seins à l’eau chaude avant chaque tétée, la crème étant toxique pour Valentina. Mouais… Une journée après ce traitement, c’était pire et je saignais des deux seins!

J’ai alors fait appel à la sage-femme qui nous avait suivi, Valentina et moi, depuis l’accouchement. Bien qu’ayant dépassé les huit mois réglementaires après l’accouchement pour des visites à domicile (c’est comme ça en Allemagne), elle n’a pas supporté de me laisser dans cette situation et est tout de même passée à la maison. Elle a pris son temps pour ausculter mes blessures et la bouche de Valentina. Elle savait ce que l’on avait toutes les deux et m’a dit d’appliquer de l’huile d’argousier sur mes crevasses (il fallait bien attendre qu’elle soit sèche pour remettre mon soutien-gorge) et d’aller voir le pédiatre pour avoir une crème pour la bouche de ma fille.

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Ma sage-femme m’a aussi dit d’aller demander un papier signé par mon gynécologue pour qu’elle puisse revenir à la maison autant de fois que nécessaire afin de voir si mes douleurs passaient et si mes seins revenaient à la normale, le tout remboursé par la sécu. Mon gynécologue a voulu me faire une échographie des seins pour voir si je n’avais pas de tumeurs (dafuck?), m’a ausculté à la six-quatre-deux et m’a dit de prendre un médicament pour arrêter d’allaiter, le fameux médicament interdit en France depuis 2013 déjà. Et le papier pour ma sage-femme? Sa réponse? « Hahaha, mais qu’est-ce qu’elle en sait elle la sage-femme? C’est moi le médecin, c’est moi qui décide et elle, elle ne sert à rien! ». J’étais outrée de sa réponse, lui qui n’avait pas su m’aider, qui avait même aggravé la situation. Vous pensez bien que mon gynécologue est devenu mon ex gynécologue (en Allemagne, il existe un site pour noter les médecins, eh bien, j’ai expliqué mon histoire en long, en large et en travers et je lui ai mis la pire note, naméo!). Je n’ai bien sûr pas pris le médicament en question et en plus, j’ai loué un tire-lait électrique à la pharmacie pour continuer à donner du lait maternel à ma fille sans avoir mal (le muguet, c’est un cercle vicieux quand même. Un jour ça va mieux, et le lendemain ça va de nouveau mal parce que bébé redonne le muguet à maman et maman le redonne à bébé deux jours plus tard, ainsi de suite… Un cycle sans fin!). Heureusement mon médecin généraliste a bien voulu me faire le papier (il est du genre à m’appeler personnellement si je ne suis pas venue pour une prise de sang et il prend toujours des nouvelles des enfants).

Entre-temps, le diagnostic est tombé, j’avais une sclérose en plaques et il fallait que j’arrête d’allaiter pour commencer le traitement. Ma sage-femme est donc revenue à la maison et elle m’a donné tous les conseils nécessaires pour arrêter d’allaiter naturellement, sans médicaments, juste en instaurant de nouveaux rituels. Boire jusqu’à trois thés de sauge bien infusés par jour (si on ne trouve pas ça bon, ça fonctionne aussi avec du thé à la menthe), espacer les tétées, les remplacer par des biberons. La dernière fois que j’ai allaité Valentina, c’était le 25 novembre, elle avait eu un an deux semaines avant. Début décembre, lors de nos vacances à Dresden, je lui ai présenté une dernière fois un sein (j’avais encore un peu lait mais cela ne provoquait pas d’engorgement) car elle n’arrivait pas à s’endormir. Eh bien, elle m’a mordu! Elle ne l’avait jamais fait avant. Elle m’a donc bien fait comprendre que l’allaitement était fini et que c’était clair dans sa tête.

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Je n’ai pas fait cet article pour vous dire que l’allaitement c’est difficile, l’allaitement c’est contraignant et ça fait mal. Je voulais partager mon expérience avec vous, vous encourager à persévérer si vous avez des doutes et surtout, n’oubliez surtout pas de consulter pour la moindre douleur suspecte. Parlez à votre bébé, expliquez-lui ce qui se passe, c’est très important. Les bébés comprennent beaucoup plus de choses que ce que l’on peut penser. Si vous avez des questions, si des choses ne sont pas claires, n’hésitez pas à me poser des questions. Bon week-end!

Crédit photo : Tammy Nicole

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8 réflexions au sujet de « l’allaiter contre vents et marées »

  1. Très bel article qui prouve une nouvelle fois le lien qu’il peut y avoir entre un bébé et sa maman (qu’il soit au sein ou au biberon).
    Nous ici nous continuons tranquillement l’allaitement. Je ne sais pas si j’allaiterai autant que pour Kiara (9 mois), car je pars à Londres en Juin et qu’il va falloir que je retrouve un boulot, donc faire un sevrage plus tôt, mais on y pense pas et on en profite.
    La mienne tête très rapidement (en moyenne 5 minutes), mais très souvent, ce qui est fatiguant car j’ai l’impression de ne faire que ça parfois, mais elle a l’air de comprendre, et quand je suis un peu énervée, elle tête plus longtemps (15/20 minutes) et me laisse souffler un peu :-)
    Gros bisous ma belle <3

  2. Quel beau parcours !
    Ton article est très beau, très intéressant et positif.
    J’espère pouvoir allaiter mon deuxième bébé (quand il arrivera) car j’ai toujours le regret et l’amertume de ne pas avoir réussi pour ma fille et ça aurait été tellement mieux pour elle.
    Bonne journée et j’ai hâte de lire un nouvel article.
    Bisous

  3. Très bel article! Ma maman n’a jamais pu m’allaiter car son lait n’était pas assez nutritif, mais j’espère ne pas avoir ce problème lorsque j’aurai un bébé. J’ai ce sentiment que c’est une expérience qui vaut la peine d’être vécue (autant pour les côtés positif que les côtés négatifs et autant pour la maman que pour le bébé).
    Merci pour le partage! Bonne soirée

    1. Je me permets juste de te répondre car quelque chose m’a interpellé dans ton commentaire. Tu dis que ta maman ne t’a pas allaité car son lait n’était pas assez nutritif … Je ne doute pas une seconde que c’est certainement ce que lui ont dit les médecins à l’époque (et ça me hérisse les poils de lire ça !!).
      Par contre (et je me permets de te le dire car tu semble vouloir allaiter plus tard, et ça me semble important que tu sois, pour cela, bien informée …), c’est absolument faux !
      Le lait du corps humain est biologiquement conçu pour répondre aux besoins en nutriments du bébé humain, comme le lait de vache répond aux besoins du veau … Le lait change de consistance et évolue durant la tétée, il est plus riche en eau en début de tétée pour désaltérer, puis plus gras ensuite pour caler le bébé. A une époque, les médecins ne le savaient pas (faute d’études sur le sujet) et pensaient tout bêtement que le lait de la mère (le premier lait donc) n’était pas assez nutritif, mais c’est totalement faux ! Il change juste de composition durant le temps de la tétée, simplement.
      Tu peux donc te rassurer sur la future composition de ton lait : il sera parfait et totalement adapté à ton bébé, ne t’en fais pas, le corps humain est bien fait ;)
      (par contre, comme l’évoque Linda, au-delà de ça, on peut rencontrer des difficultés pendant l’allaitement, c’est important d’en avoir conscience, mais ce sont des difficultés qui sont généralement solutionnables avec l’aide d’une sage-femme ou d’une consultante en lactation, et de la persévérance.)

  4. Non allaiter ce n’est pas toujours facile, c’est certain. Il y a toujours des moments compliqués à gérer par rapport à l’allaitement, des passages à vide, des coups de moins bien, ce n’est pas un long fleuve tranquille comme on pourrait le penser au premier abord. Mais il y a aussi tellement de moments magiques et irremplaçables que ça vaut le coup de persévérer malgré les difficultés :)
    1 an d’allaitement, c’est un beau parcours Linda, tu peux être fière de toi et de ta témérité <3

    Des bisous !!

  5. Super ! Bravo pour ton allaitement !
    Moi j’ai fait tout ce que j’ai pu pour allaiter mes jumeaux qui sont nés à 34 SA et le plus longtemps possible sachant que le traitement pour la SEP m’attendait !! Je voulais de toute manière les allaiter au moins 6 mois ! J’ai pu jusqu’à 7 mois et la raison m’a ramené au traitement :( ils ont besoin d’une maman en forme et avec toutes ses capacités! En tout cas ça reste une belle expérience !

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